
Reportage à la Petite Bibliothèque Ronde (92) © Annelyse Lecuyer - Partenariat pédagogique entre l'Agence quand les livres et l'École de Condé (Fondation AD Éducation).
Lettre du printemps 2026 : toutes les actualités de l'Agence, ses adhérent·es et partenaires.
ÉDITORIAL
Souvent petites et grandes histoires se rejoignent…
Où vont les bébés ?* demande un jour Petit Pote, vieux nounours orphelin soudain assailli par « un souvenir ». Cette question existentielle, c’est Elzbieta qui nous la pose.
Cet album fait partie des belles découvertes de mes premières années de bibliothécaire jeunesse, plongeant avec émerveillement à la fois dans un genre littéraire d’une richesse inouïe et dans la lecture partagée avec les bébés et leur famille… pourtant, je l’avais oublié. Mais 15 ans plus tard, il a ressurgi, lorsque ma fille, toute jeune maman me réclama pour son bébé un autre album, dont elle se souvenait comme étant son préféré… émergeant lui-même des tréfonds de sa mémoire d’enfant de quatre ans !
Les bébés grandissent… ils deviennent des grandes personnes, parfois papas ou mamans, et n’oublient jamais leur nounours*. Leurs lectures, pourrions-nous ajouter, leurs premières émotions, les premiers récits et les premières représentations rencontrées, qui ont éveillé leur imaginaire, leur capacité à penser, à rêver, à parler…
Souvent petites et grandes histoires se rejoignent…
Ces vingt dernières années, j’ai vu le rôle de la bibliothèque évoluer. « Première structure culturelle de proximité », elle contribue à l’épanouissement personnel de chacun mais répond aussi de plus en plus à la nécessité de « faire société », ensemble. Elle accompagne les tout-petits dans leur éveil et les familles dans leurs pratiques culturelles partagées, elle soutient les enfants qui grandissent dans leur parcours scolaire et leurs loisirs, mais forme aussi pour eux un espace « sauf » pour expérimenter et élargir leurs horizons. Elle s’ouvre aux langues et aux cultures de son territoire, s’inscrit dans la lutte contre l’illettrisme et ses formes nouvelles, questionne son accessibilité et son inclusivité...
Lieu d’accueil par essence, elle devient lieu d’hospitalité et de citoyenneté à l’heure de toutes les violences et polarisations ; lieu de médiation par excellence, elle devient aussi lieu où se développe la participation de ceux qui la fréquentent. Accueillir oui, mais pas sans « aller vers » les personnes les plus éloignées ou exclues du fait d’une grande précarité, qu'elle soit sociale, économique ou psychique. Comment répondre aux besoins de son territoire et participer à lutter contre les inégalités si ce n’est en tissant des liens forts avec les partenaires associatifs et institutionnels qui l’entourent et construire avec eux des stratégies conjointes ?
Ce maillage territorial et cette coopération entre acteurs complémentaires sont précisément ce que j’ai trouvés dans l’Agence quand les livres relient. Elle fait son histoire, depuis plus de 20 ans, mais elle fonde aussi son action à l’échelle nationale. Tout au long de l’année, en réponse à leurs problématiques locales, l’Agence réunit des acteurs de tous horizons et crée avec eux, pour eux, des temps pour réfléchir, élaborer, conforter leurs pratiques et leurs fondements théoriques, rencontrer artistes, chercheurs et penseurs et se rencontrer, autour d'un inextinguible besoin de sens.
Au contact de l’Agence, puis en son sein, la jeune bibliothécaire que j’étais a évolué et fait de ses premiers émerveillements des convictions qui ne cessent depuis de nourrir son action. Après tout, nous sommes tous d’anciens bébés, et on le sait, les bébés aiment beaucoup grandir*...
Céline Ombrabella, directrice adjointe et responsable du service Action et médiation culturelles du réseau des bibliothèques de Perpignan.
* Où vont les bébés ? Elzbieta (Éditions du Rouergue, 2008).

